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GESTALT-THERAPIE : Une psychothérapie intégrée



  • Contenu de l'article

    L’insuffisance thérapeutique des dérivés psychanalytiques a poussé les thérapeutes à modifier le cadre et à associer d’autres techniques : émotionnelles, corporelles, sexothérapiques, comportementales, groupales. L’association de techniques différentes est souvent un progrès par rapport à un fonctionnement en pensée unique. D’autres fois ces techniques sont utilisées successivement ou en travail d’équipe. Cela peut conduire à des thérapies composites ou éclectiques dans le style patchwork, ou sandwich, avec le risque d’une accumulation indéfinie de techniques. A l’opposé la Gestalt-thérapie s’intéresse plus au processus unifiant et intégrateur, qu’aux techniques  elles même  qui sont secondaires. C’est une psychothérapie non seulement intégrative mais complètement intégrée, qui permet à chaque thérapeute de développer un style personnel dans son champ clinique particulier .


    L'attention (focus) est portée sur ce qui se déroule "ici et maintenant" "maintenant et comment". Dans un cadre convivial et permissif, il est possible d'expérimenter en paroles, en sensations, en émotions, en imagination et aussi de vivre des régressions sous conscience modifiée en sécurité. Toutes ces expériences ont des effets correcteurs et réparateurs. Les étapes expérientielles sont suivies d'étapes d'analyse et de réflexion théorique sur les vécus, leurs relations avec l'identité et la structuration psychique.

    Pour résumer, l'accent est principalement porté sur comment changer l'expérience, plutôt qu’à analyser pourquoi elle dysfonctionne.

    La SexoGestalt a des applications thérapeutiques immédiates pour les dysfonctions sexuelles (sexoses) et les mésententes des couples.

    Gestaltpsychologie

    Le principe essentiel de la Gestaltpsychologie est celui de la structuration phénoménale, selon lequel tout champ perceptif se différencie en un fond et une forme.

    - la forme est distincte du fond
    - la forme est close et structurée
    - elle dépend de facteurs objectifs (géométrie, contraste...) et subjectifs (concentration, attention, émotions ...)
    - de l'émergence au résultat phénoménal il y a composition entre les éléments objectifs et subjectifs
    - l'ensemble détermine les caractéristiques des parties et réciproquement
    - la forme, ou figure, ou Gestalt résiste mieux au changement que le fond
    - le fond a les caractéristiques inverses de la figure : il est à l'arrière plan du champ, n'a pas de contour défini, et il résiste faiblement au changement.

    Notons que le terme de champ défini l'ensemble figure + fond.

    La Gestaltpsychologie a une préférence pour une conception nativiste de la structuration phénoménale : par exemple un enfant de quelques jours reconnaît l'odeur, puis le visage de sa mère évidemment sans aucune analyse des constituants.

    On peut supposer un mécanisme d'empreinte précoce néonatale qui persistera toute la vie.

    Autre exemple de dominance de l'ensemble sur les parties, les lettres P et D, ne sont jamais perçues dans la lettre R, bien qu' elles y soient incluses partiellement.

    Une conséquence importante de tout cela est que la forme n'est pas le résultat de l'activité cognitive, la forme est perçue immédiatement. Elle n'est ni la compréhension d'une relation entre les sensations ou éléments sensoriels, ni l'émergence d'une représentation.

    Une Gestalt (forme) est donc un ensemble signifiant, pas forcément par lui même, mais plutôt pour moi-même . Finalement on voit ce qu'on connaît déjà,  et l'on cherche ce qu' on sait trouver.


    GESTALT-THÉRAPIE : METHODES ET CONCEPTS PRINCIPAUX

    La Gestalt-thérapie est issue de la Gestalt psychologie, de la phénoménologie et de la psychanalyse dans ses aspects freudiens, et reichiens pour l'approche psycho corporelle.

    1) "Ici et maintenant"- "Maintenant et comment" ?

    La démarche de la Gestalt-thérapie est phénoménologique, et privilégie la description plutôt que l'explication.

    "Revenir du discours sur les choses, aux choses elles-mêmes, telles qu'elles apparaissent en vérité, au niveau des faits vécus, antérieurement à toute élaboration conceptuelle déformante" (HUSSERL, 1907).

    Ce qui est intéressant, n'est plus seulement le "pourquoi ?" des choses, mais aussi le "comment ?".
    La formulation classique de PERLS devenant ainsi : "Ici, maintenant, et comment ?".
    Avec les "clients" ou patients, on peut utiliser des variantes, parfois mieux comprises.: « Là, tout de suite, que ressentez-vous ? que faites-vous? »
    Cette expérience de l’ ici - maintenant est complète, actuelle, concernant l’organisme dans sa globalité. Cette expérience contient aussi les souvenirs, l’imaginaire, les situations inachevées, les anticipations... (Jean Marie ROBINE)

    2) Awareness

    C'est un état de conscience spécifique, orienté vers la connaissance, la reconnaissance de l'environnement externe, mais aussi interne. Il y a attention, focalisation, vigilance, conscience immédiate du présent, concentration psychique. Cependant l' awareness peut aussi selon les circonstances, prendre la forme de l'attention flottante.

    La finalité de cette attitude mentale étant phénoménologique : être en prise directe, appréhender sans à - priori la réalité psychique du moment, observer ses propres perceptions, sensations, sentiments, affects. Exemple "j'aime que tu m'aimes".

    3) Le processus, le cycle de l'expérience

    Le thérapeute et son client sont attentifs et concentrés aux aléas de la relation qui se déroule "ici et maintenant".

    PERLS ("The Gestalt Approach") aimait poser quatre questions centrées sur le processus :

    "Qu'es-tu en train de faire maintenant ?"
    "Que ressens-tu en ce moment ?"
    "Qu'es-tu en train d'éviter ?"
    "Que veux-tu, qu'attends-tu de moi ?"

    Cette dernière question nous ramène à l'inévitable transfert et aux projections qu'il véhicule.

    Ces projections du passé vont être utilisées dans un va-et-vient, une "navette" entre présent et passé, entre le non verbal et le verbal, entre l'émotion et la prise de conscience.

    Toute action individuelle ou interaction relationnelle se déroule en plusieurs phases, constituant le "cycle du contact - retrait" ou "cycle de satisfaction des besoins". PERLS et GOODMAN distinguaient quatre phases principales : le pré-contact, la prise de contact, le plein contact, et le post-contact (ou retrait).

    Serge GINGER distingue cinq étapes : le précontact, l'engagement, le plein contact, le désengagement, le post contact.

    Cette conception a un intérêt clinique très important : aucune relation thérapeutique n'est possible si le thérapeute et le client ne sont pas dans le contact.

    Nombre de séances de psychothérapie restent dans un pré-contact qui peut s'éterniser faute d'engagement réel. La fin d'une séquence thérapeutique (le temps du désengagement selon GINGER), n'est pas moins importante et peut être ratée, détruisant de manière rétroactive le travail précédent. C'est la grande originalité de la Gestalt, et aussi une difficulté spéciale pour le praticien de rester conscient du processus en cours, du cycle expérientiel et de prendre soin de la séparation qui ne se produit pas forcément quand sonne l'heure.

    Le cycle - type ne se déroule donc pas toujours d'une manière régulière : nous avons déjà noté, que pour PERLS et GOODMAN, "la pathologie est l'étude de l'interruption, de l'inhibition ou autres accidents au cours de l'ajustement créateur". PERLS (The Gestalt Approach) définit le névrosé comme "une personne qui s'adonne de manière chronique à l'auto-interruption". Ces perturbations du fonctionnement du self sont généralement appelées "résistances" . Elles peuvent constituer des mécanismes de défenses appropriés à la situation ("résistances-adaptation" des POLSTER) ou bien des blocages anachroniques rigidifiés, attestant d'un fonctionnement pathologique d'évitement du contact authentique.

    4) Gestalts inachevées

    Normalement, dès qu'une action (psychique ou comportementale) est terminée, nous sommes disponibles pour une action nouvelle : c'est la succession ininterrompue des Gestalts, en formation puis achèvement, constituant le continuum de conscience de toute personne "en bonne santé" psychique et fonctionnant dans la fluidité.

    Lorsque le cycle ne s'est pas déroulé d'une manière complète, la situation peut demeurer inachevée et constituer un élément préconscient de pression interne, soit mobilisateur, soit névrogène.

    Ainsi par exemple, une tâche interrompue peut demeurer "présente" et n'attendre que la première occasion pour se clore : c'est l'effet ZEIGARNIK. Dans d'autres situations, cette pression peut se transformer en tension psychique obsessionnelle, et constituer  à la longue, un état névrotique : deuil ou séparation mal assumés, chômage prolongé, insatisfaction sexuelle chronique, échecs répétés.

    Dans la névrose traumatique se manifeste le phénomène classique de répétition, où le traumatisme est revécu compulsivement en rêve (cauchemars répétitifs) ou en imagination avec crises anxieuses (attaques de panique, crises spasmophiles).

    5) La frontière-contact (interface)

    GOODMAN (1951,1973) : "L'étude de la manière dont l'être humain fonctionne dans son environnement est l'étude de ce qui se passe à la frontière-contact   entre l'individu et son environnement. C'est à cette frontière que les événement psychologiques prennent place". La frontière  appartient à la fois à l'intérieur et à l'extérieur : elle fait partie de  deux mondes distincts en interrelation, c'est une interface.

    "La Psychologie, écrit encore GOODMAN, est l'étude des ajustements créateurs (à la frontière-contact). La Psychopathologie est l'étude des interruptions, inhibitions, ou autres accidents dans le cours de l'ajustement créateur".

    Les résistances ou perturbations du contact peuvent être considérées comme des problèmes d'interface : abolition de la démarcation dans la confluence, incorporation partielle  dans l'introjection,  expulsion dans la projection.

    6) Résistances et mécanismes défensifs

    Seuls les mécanismes rigidifiés et/ou répétitifs traduisent une pathologie.
    PERLS distinguait quatre principales résistances : la confluence (excès de contact, fusion), l'introjection, la projection, la rétroflexion (inhibition, somatisations, dépression), concepts empruntés à la psychanalyse.
    Depuis d'autres descriptions ont enrichi la clinique gestaltiste : la déflexion (intellectualisation, évitement), la proflexion (manipulation), l'égotisme (narcissisme), l' invalidation (égotisme attaqué par les introjections)....
    La plupart des personnes dysfonctionnelles sont porteuses d'introjections ("on doit", "il faut", il ne faut pas, "ce n'est pas bien", "ce n'est pas normal"), venues de l'environnement parental, culturel ou religieux.
    Dans les couples conflictuels dominent les projections, où chacun attribue à l'autre ce qu'il ne supporte pas en lui même.

    7) La responsabilisation

    Chacun est responsable de soi et de sa thérapie, (on sait aujourd'hui que le "facteur client" est le principal facteur de réussite d'une thérapie), qui vise à l'autonomie de sa conduite et de ses décisions.
    Le client n'est pas un patient passif qui subit un traitement médical, ou une méthode ésotérique pour lui, mais un partenaire, voire un cothérapeute actif.
    En Gestalt on propose souvent de remplacer la formulation "je ne peux pas" par "je ne veux pas" pour souligner cette responsabilisation.
    La responsabilisation concerne aussi le(la) partenaire. Le pronostic d'une dysfonction sexuelle dépend largement de l'attitude responsable, de l'autre. Plus encore, le(la) partenaire est cothérapeute à part entière.

    8) L'expérimentation

    Là où certains travaillent sur le passé, la Gestalt substitue la recherche expérimentale de solutions : "expérimenter comment", par des mises en action métaphoriques ou symboliques.
    La mise en action favorise l'awareness à travers des représentations concrètes expérimentées dans plusieurs versions différentes.
    Cette mise en action ou en scène n'est pas un passage à l'acte impulsif et défensif, mais une élaboration mentale créative.
    L'expérimentation apporte une grande liberté dans la thérapie :
    - le droit à l'erreur
    - le droit au tâtonnement, de changer d'avis, de se contredire
    - le droit de créer sa propre approche, son propre style thérapeutique
    - le droit de faire le contraire, ou autre chose, et d'ailleurs "il y a mille contraires" (S.GINGER).

    L'expérimentation comporte deux versants : une forme active "expérimenter" et une forme passive "expériencier" (vivre, ressentir une expérience, un vécu par exemple : le rejet ou l'amour).
    L'expérimentation est la source du changement. Changer est difficile, mais "l'important n'est pas ce qu'on a fait de moi , mais ce que je fais moi-même de ce qu'on a fait de moi" (S.GINGER).
    Une expérimentation spécifique en Gestalt est l'exploration des extrêmes, le travail sur les polarités. Dans le Larousse, la Gestalt est d'ailleurs définie comme un travail sur les contradictions humaines.

    9) La relation thérapeutique

    Le thérapeute gestaltiste est un accompagnant attentif qui partage avec son client les découvertes de l'aventure thérapeutique. Il n'est pas dans la neutralité bienveillante analytique, ni dans l'acceptation inconditionnelle rogérienne. Il partage si besoin ses impressions, surprises, impatiences avec son client, attentif à l'effet produit. C'est l'attitude de "sympathie" de PERLS.
    L'exploitation délibérée du ressenti personnel du praticien, de son vécu de contre-transfert est un outil spécifique de la Gestalt (JUSTON 1990).
    Dans une théorie du champ phénoménal, le thérapeute est un élément particulier de l’environnement du client. La thérapie n’est plus alors imposée par un expert plein de savoir, mais devient une co-création active et commune où les deux sont acteurs dans l’interaction.
    L’expertise du thérapeute se réduit à être expert en processus relationnel.

    10) Approche holistique extensive : "Thérapie totale"

    Le matériel psychologique exploré fait une large part au verbal : souvenirs, récits, descriptions, associations libres, rêves, fantasmes et fantaisies diurnes.  Certaines séances peuvent ressembler à des séances de psychothérapie analytique.

    Cependant l'individu est considéré dans ses cinq dimensions principales (« Pentagramme » de S.GINGER 1983) : dimension somatique (le corps), dimension affective (le coeur, les émotions), dimension rationnelle (la tête), dimension sociale (les autres, la culture, la société), dimension spirituelle (la métaphysique, l'homme, le sens de l'existence, l'universel).

    Le dialogue thérapeutique utilise les langages disponibles : la parole, la posture, les attitudes, les gestes et micro-gestes, les émotions, les manifestations végétatives vasomotrices.

    La règle de tout dire est élargie à un "tout  exprimer" (qui n'est pas un "tout faire" sauvage), par des canaux sensoriels variés incluant le toucher, l'expression émotionnelle (larmes, cris, colère), l'expression artistique (dessin, collages, création d'une œuvre), l'exploitation du cadre (objets métaphoriques).

    "Loose your head, come to your senses" (PERLS). Le travail corporel en fait ainsi une somatothérapie, concept créé par Richard MEYER ("Les thérapies corporelles" 1986).

    L'interaction corporelle est intéressante par exemple en thérapie  de couple dans des exercices de relaxation où le couple travaille sur sa dimension corporelle. En groupe, il est possible d'intégrer dans la thérapie, des massages dans le style Sensitive Gestalt Massage (M. ELKE, élève de PERLS), ou des séances en milieu aquatique isotherme. Outre les effets de régression et de catharsis, ces techniques somatothérapiques ont des effets correcteurs et réparateurs. Le travail sur le contact est nettement facilité. Il y a aussi une déculpabilisation efficace vis à vis des introjections négatives courantes concernant la sexualité, et une meilleure intégration de l'image du corps.

    D'autres techniques psycho corporelles comme la Bioénergie d'inspiration reichienne mobilisent plutôt l'agressivité dont la gestion a toujours été valorisée en Gestalt. On peut utiliser la confrontation ou la provocation, ou des situations de stress graduées. Cela va mobiliser les ressources énergétiques du client lui permettant de sortir d'états fusionnels ou d'hyper protection maternante. L'agressivité orale permet la survie de l'individu, comme la sexualité permet la survie de l'espèce. L'accès à la masculinité nécessite enfin une agressivité phallique, sans laquelle le garçon reste hypomasculin.

    CONCLUSIONS

    Le résultat de la thérapie dépend d'un rapport de forces : comme le rappelle FREUD (Abrégé de psychanalyse) : "Dieu combat du côté du plus fort".  Dans ce rapport de forces, la  Gestalt-thérapie "Thérapie totale", fait plus facilement le poids.

    La  Gestalt-thérapie est loin d'être simple et inoffensive ; c'est un outil puissant mais complexe.

    La psychothérapie est une pratique extrême (nous avons tendance à l’oublier), et  chaque thérapie est aussi une aventure avec ses découvertes merveilleuses et ses périls. Le thérapeute et le client/patient sont dans leur style des aventuriers explorant les contrées inconnues et étranges du mental. Le client/patient n’ a pas tort d’avoir peur. Les dérapages sont parfois sévères : il arrive à des guides expérimentés de ne pas voir un ravin.  Le métier de psychothérapeute nécessite une formation polyvalente et approfondie sur le mode individuel et groupal, ainsi qu'une éthique cohérente.

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